Un vaste débat s’est lancé depuis quelque temps déjà. Celui-ci concerne l’émergence des intelligences artificielles. Nous ne pouvions pas dire que les romans d’anticipation et de Science Fiction ne nous avaient pas préparés à cela, mais toujours est-il qu’elles font désormais partie intégrante de nos vies.
Si la musique, les jeux vidéo et d’autres milieux artistiques se sont retrouvés peu à peu gagnés par les IA (Intelligence Artificielle), c’est aujourd’hui au tour du 3e art d’entrer dans une nouvelle ère. Certains parlent déjà de petite révolution, lorsque d’autres crient à la prudence. La question reste ouverte, mais qu’on le veuille ou non, les plateformes telles que Midjourney, Dall-E, etc… existent bel et bien. Par curiosité, je me suis abonnée à celle qui fait sans doute le plus parler d’elle. Mais tout d’abord, essayons de nous poser la bonne question. Est-ce que ces sites générant des « œuvres » d’art représentent une réelle menace ou venons-nous simplement de trouver un accessoire de plus ?
L’expérience Midjourney
Rejoindre cette dernière plateforme est d’une facilité déconcertante. Il suffit de posséder un compte discord et de rejoindre leur serveur. S’il faut ensuite un peu de temps pour se retrouver sur les nombreux channels de discussion, il est encore moins compliqué d’en rejoindre une dédiée à la génération d’œuvres. En tapant simplement /imagine, suivi de quelques renseignements, l’intelligence artificielle n’a besoin que de plusieurs secondes pour générer une image. Voici un exemple avec les indications : « Très belle Jeune femme en robe blanche regardant l’océan, bateau au loin, tempête, falaise, scène romantique, poétique, Jane Austen, Joaquin Sorolla, Alphonse Mucha, détails complexes, cinématique, éclairage dynamique, 32k, ultra haute définition, peinture à l’huile »

Vous remarquerez ici que plusieurs noms d’artistes célèbres m’ont permis d’affiner ma demande. Etant une véritable passionnée de Mucha, Sorolla et Jane Austen, ces trois personnalités ont permis à l’IA d’entrevoir l’atmosphère et le style pictural de l’œuvre. Je me suis alors retrouvée avec une proposition rappelant étrangement la femme à l’ombrelle de Claude Monet. L’océan derrière rappelle quelques toiles impressionnistes de peintres marins. Quant à la jeune femme en elle-même, impossible de ne pas penser aux œuvres d’Alphonse Mucha. Il ne m’aura fallu que plusieurs minutes, en tout et pour tout, pour obtenir cette toile numérique que l’on dirait tout droit sortie d’un musée. Les amoureux de Mucha et Sorolla pourront être enthousiasmés en retrouvant les touches de leurs artistes disparus favoris.
Qu’en est-il lorsque l’IA s’aide d’artistes encore bien vivants pour générer ses œuvres ?
J’ai parcouru le site en tapant des noms d’artistes encore bien portant. Etant une admiratrice de l’artiste Jean-Baptiste Monge, connu pour ses dessins de contes pour enfants, j’ai eu l’incroyable surprise de découvrir des œuvres qui auraient largement pu être produites par lui.


Je crois que les deux images ci-dessus sont assez parlantes pour réaliser la question suivante. Le style de l’œuvre générée par Midjourney se rapproche indéniablement de celui de Jean-Baptiste Monge. Mais il n’est pas non plus possible de parler de plagiat. C’est bien tout le problème qui se pose désormais. Sans compter le fait que les images générées par l’IA sont gratuites et libres de droits. Oui, la production d’une AI tombe irrémédiablement dans la sphère publique, n’ayant aucune sorte de propriété intellectuelle. Cela veut donc dire qu’il est encore possible de récupérer une image produite par une IA, la mettre sur une publicité, un mug ou un T-shirt, et vendre ces derniers produits sans avoir à débourser un seul centime pour un artiste.
Le 3e art en péril ?
Comme je l’ai écrit dans l’introduction, les intelligences artificielles font déjà partie de nos vies, que nous le voulions ou non. Il est désormais plus rapide de générer une oeuvre impressionniste via une plateforme comme Midjourney, que d’en commander une à un peintre. Bien entendu, l’oeuvre numérisée ne possédera jamais la qualité, la magie et l’odeur d’une véritable toile de maître. Mais il sera de plus envisageable de découvrir des expositions d’art dédiées à ces oeuvres « artificielles ». Que peuvent faire les artistes pour remédier à ça ? Et bien, voyez-vous ce qu’il s’est passé avec l’arrivée d’Amazon ? En quelques clics seulement, un livre est commandé et arrive chez nous deux jours après. Nous pensions que cela signerait la fin des petits libraires (et de nombreuses librairies ont dû fermer…), mais certaines ont fini par résister et on trouvé des alternatives pour se renouveler et proposer ce que Amazon ne pouvait faire. Des rencontres humaines, des événements, des séances de dédicaces d’auteurs dans leurs locaux, etc… De toute évidence, le charme d’une petite librairie ne sera jamais détrôné par les gigantesques allées des entrepôts d’Amazon. Toujours est-il que nous pourrions imaginer les mêmes choses pour la révolution artistique imposée par les IA.
Une utilité plus qu’une menace ?
Je me sers aujourd’hui de ces images issues de Midjourney pour créer des couvertures provisoires de livre. N’étant pas éditée et n’ayant pas les moyens de recourir à des artistes talentueux, ces images me permettent de donner un aperçu à mon récit. Elles me permettent également d’imaginer ce que pourraient donner telles ou telles scènes. Je m’en sers ensuite pour imprimer mes livres en version bêta (pas d’ISBN, donc usage exclusivement privé limité seulement à quelques exemplaires). Je sais très bien que je ne générerai pas de profit grâce à ces images que de vrais artistes (faits de chair et de sang) auraient eux-mêmes pu réaliser en suivant mes consignes. Voici ce que cela donne :



Si la couverture de l’Aigle et la Rose a nécessité quelques retouches, les deux autres sont restées les mêmes. Je peux désormais donner à mes bêtas-lecteurs l’ambiance générale des récits, sans être obligée de passer via une banque d’images libres de droits qui ne répondrait pas forcément à mes besoins. Je suis pourtant une abonnée des sites comme Istock, Getty Images, etc… Mais je n’ai jamais trouvé de choses équivalentes. Plusieurs centaines d’euros auraient probablement été nécessaires pour obtenir de tels résultats via des artistes. Il n’en reste pas moins que je ne vendrai jamais ces première versions bêta. J’ai néanmoins eu la très mauvaise surprise de découvrir que des personnes, peu scrupuleuses, se servaient des images générées sur Midjourney pour les vendre sur Istock et d’autres sites de banques d’images. Cette découverte a eu le mérité de susciter un nouveau débat concernant les droits d’image et les sites se mettent à les refuser de plus en plus.
Un art à part ?
Enfin, voici les résultats les plus probants trouvés sur Midjourney en tapant comme mot-clé « Impressionism ». Il est impossible de ne pas être charmé par ces toiles surfant sur les styles de Monet, Van Gogh et bien d’autres artistes. Il est indéniable que ces œuvres sont tout à fait esthétiques, belles et envoûtantes. Elles sont pourtant le fruit d’une intelligence non humaine qui se sera contentée à générer des pixels en se basant sur des lignes interminables d’algorithmes. Que pouvons-nous faire d’elles ? Et bien, ne pourrions-nous pas entrevoir la naissance d’un douzième art plutôt que la remplaçante du troisième existant depuis les premières peintures rupestres ? La question reste ouverte et il y aura toujours des partisans du pour et du contre. Ce qui est en revanche certain, c’est que les intelligences artificielles au service de l’art n’en sont qu’à leurs balbutiements et que nous ne tarderons pas non plus à les voir apparaître dans la littérature, la musique (ce qui est déjà le cas) et tous les autres grands arts !








2 réponses à “Midjourney, naissance d’un nouvel art ?”
Article très pertinent, bien construit et qui nous permet effectivement, de créer en chacun de nous, une réelle interrogation concernant l’IA.
Un débat qui ne fait que commencer..
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Intéressant article, les tableaux sont en effet bluffants.
Plus encore que l’arrivée d’Amazon mettant en difficulté les petits libraires, l’arrivée de l’IA dans le domaine de l’art me fait penser à l’invention de la photographie, mettant à mal une certaine forme de peinture. La peinture n’a survécu qu’en abandonnant l’impératif de ressemblance pour se consacrer à ce que la photographie ne savait pas faire : produire des oeuvres touchantes explorant le monde de l’imaginaire, des émotions, la distorsion avec la réalité.
Le problème avec les oeuvres d’art créées par l’IA, c’est qu’elles manquent d’humanité. Elles sont créées en quelques secondes dans un obscur cerveau algorithmique qui n’a rien d’humain. Pas de labeur, pas de processus créatif.
C’est un peu la même chose lorsque l’on converse avec ChatGPT (testable par tous sur chat.openai.com) : les réponses sont crédibles, parfois stupéfiantes, mais on s’ennuie vite car après tout il n’y a aucun interlocuteur humain derrière l’écran. ChatGPT pourrait converser aussi bien qu’un humain, je suis persuadé qu’il ne remplacerait pas la compagnie humaine.
Il restera donc toujours une (petite) place pour la peinture humaine. 🙂
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